18 Juin 2008 : Euro, Bleus : les raisons d'un fiasco

Défaite hier soir par l’Italie (2-0), l’équipe de France quitte l’Euro 2008 sans gloire. L’heure est au bilan.

Comme souvent lorsque les évènements tournent mal, l’entraîneur est le premier visé. Peut-on considérer Raymond Domenech comme le principal responsable de cet échec prématuré ? Étudions de plus près la gestion du sélectionneur national pour dégager quelques pistes de réflexion.

Le passé

Arrivé à la tête des Bleus durant l’été 2004, Domenech espérait bien relancer la machine après deux compétitions ratées. Pour cela, il injectait du sang neuf en sélection. Profitant de son passé à la tête des espoirs (1993-2004), le technicien lançait plusieurs jeunes dans le grand bain comme Patrice Evra, Péguy Luyindula ou encore Rio Antonio Mavuba.

Chargé de mener cette jeune garde vers la Coupe du monde 2006 en Allemagne, il éprouvait les pires difficultés pendant les éliminatoires malgré une poule abordable (Irlande, Suisse, Israël, Îles Féroé, Chypre). À l’été 2005, il se voit contraint de rappeler les "retraités" Zinedine Zidane, Claude Makélélé et Lillian Thuram. Grâce au retour de ces cadres, les Bleus décrochent leur billet pour le Mondial.

Cette Coupe du monde est le seul véritable fait d’armes du sélectionneur. Après des débuts difficiles, l’équipe se soude pour parvenir brillamment jusqu’en finale de la compétition face à l’Italie (1-1, 5-4 aux t.a.b.). Zidane prend alors sa retraite sportive. Le blason des Bleus redoré, ils se tournaient en toute confiance vers l’Euro 2008.

La campagne de qualification plutôt moyenne (2 défaites face à l’Écosse notamment) ne suffisait pas à entamer cet enthousiasme. Pourtant, ce championnat d’Europe des Nations dévoilait les failles de l’équipe et plus largement du système Domenech.

Le casting

On a coutume de dire que le travail du sélectionneur national consiste à convoquer les meilleurs joueurs français du moment. Or, on a souvent reproché à Domenech ses choix parfois incompréhensibles. Sans raisons apparentes, il juge par exemple utile de se passer des services des "indésirables" Robert Pires (Villarreal), Ludovic Giuly (AS Roma), David Trézéguet (Juventus de Turin) et Philippe Méxès (AS Roma) pourtant étincelants en club tout au long de la saison.

À l’inverse, il a préféré accorder sa confiance à certains éléments remplaçants dans leurs clubs ou hors de forme durant la saison régulière. On pense à Lilian Thuram, Willy Sagnol, François Clerc, Jean-Alain Boumsong, Patrick Vieira, Florent Malouda, Nicolas Anelka voire même Thierry Henry. En accordant la prime aux mondialistes, le sélectionneur s’est inconsciemment privé d’objectivité sportive.

La communication

Dans cette campagne européenne ratée, on peut également mettre en exergue une politique de communication douteuse au sujet de l’équipe de France. Domenech a souhaité isoler ses hommes des journalistes. En se coupant ainsi du reste du monde, il a ainsi privé ses hommes d’une dose de soutien et de sympathie.

D’autre part, l’ambiance au sein du groupe reste une inconnue. Les journalistes sont nombreux à avoir fait état de tensions voire d’altercations entre joueurs. L’image du groupe dévoilée au grand public n’avait donc rien d’unie. Difficile alors pour les supporters de déclarer l’union sacrée derrière les Bleus.

Le jeu

En toute logique, la France a eu du mal à faire le deuil de la retraite de Zidane. L’organisation tactique mise en place en 2006 était faite sur mesure pour lui. Aujourd’hui en l’absence de réel leader sur le terrain, il est difficile de déceler un fonds de jeu précis chez les Bleus. Système privilégié durant les qualifications, le 4-4-2 a souffert de l’absence de Patrick Vieira au milieu.

Avec la blessure du capitaine des Bleus, la paire Claude Makélélé - Jérémy Toulalan paraissait incontournable. Cependant, les deux hommes ont le même profil de sentinelle placée devant la défense. Et malgré les efforts du Lyonnais, cela s’est ressenti dans le jeu vers l’avant des Bleus. Souvent durant l’Euro, l’équipe a été coupée en deux. Les quatre arrières et les deux milieux défensifs se contentant de défendre très bas, il était dès lors difficile d’inquiéter les équipes adverses. Une impression de gâchis parfaitement matérialisée par le match d’ouverture face à la Roumanie (0-0).

Autre fait remarquable, la prise de risques de la part des éléments offensifs (mis à part Karim Benzema et Franck Ribéry) a été quasiment nulle (on regrette l’absence d’un Hatem Ben Arfa, d’un Robert Pires ou d’un Ludovic Giuly). Comment alors espérer marquer ? Une seule fois les Bleus ont paru en mesure de prendre le jeu à leur compte. Le 4-2-3-1 mis en place face aux Pays-Bas permettait de tirer le maximum de Franck Ribéry tout en privilégiant le jeu sur les ailes. Malheureusement, les Bleus n’ont pas su défendre en bloc comme ils ont attaqué. Ils ont alors subi le réalisme et la fulgurance des contres néerlandais. Dommage.

L’avenir

Après ce fiasco (le plus grand depuis la Coupe du monde 2002 en Corée et au Japon), le chantier promet d’être de taille. Claude Makélélé (35 ans), Willy Sagnol (31 ans) et Lilian Thuram (36 ans) ont déjà annoncé leur retraite internationale. Après plus de dix ans passés en Bleu, Thierry Henry (30 ans) et Patrick Vieira (31 ans) pourraient les imiter. La jeune génération 1987 est-elle véritablement prête à prendre la relève ? Quels seront les leaders de la nouvelle équipe de France ?

Pour répondre à ces questions, il faudra d’abord lever le doute sur l’avenir de Raymond Domenech à la tête des Bleus. Après quatre années passées à la tête des Bleus, on ne parvient toujours pas à définir son style de jeu. Il se fait plus remarquer par ses déclarations que pour ses coups d’éclat sur le terrain.

Sa personnalité commence à agacer et cet échec cuisant pourrait bien marquer la fin de son mandat. Le président de la Fédération Française de Football Jean-Pierre Escalettes s’est laissé quinze jours pour réfléchir. D’ici là, les candidats devraient être nombreux à se manifester (Didier Deschamps, Éric Mombaerts et Jean Tigana en pole ?). Voilà un nouveau dossier qui promet de rythmer l’actualité du mercato cet été.