25 Août 2007 : Samuel Eto'o : le Lion Blaugrana

Ce week-end débute un des meilleurs championnats européens : la Liga espagnole. Comme toutes les années, et tout particulièrement celle-ci, toutes les attentes vont porter sur les deux clubs les plus illustres du football ibérique, le Real de Madrid, et le FC Barcelone. Plus qu’une bataille des équipes, c’est la guerre des personnalités qui va véritablement animer les hostilités. Parmi les belligérants, un homme va vendre chèrement sa peau, c’est l’attaquant du FC Barcelone, l’international Camerounais Samuel Eto’o Fils.

Parfois une carrière dans le football ne tient pas à grand-chose. Lorsque Samuel Eto’o se retourne aujourd’hui sur son parcours, c’est sans doute la première impression qui doit lui venir en tête.
Parce qu’elle est en face d’un gamin surdoué, la Fédération Camerounaise de football, modifie les normes qui régissent l’organisation du championnat national, en y intégrant un avenant qui permet de délivrer une licence à un joueur de -15 ans. C’est ainsi que Eto’o va signer sa première licence pour l’Avenir de Douala.
Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre d’années. C’est nourri de cette pensée que le gamin va faire ses classes dans le championnat de division 2, qu’il ne va d’ailleurs pas tarder à apprivoiser, même s’il doit croiser le fer avec des adversaires qui ont parfois le double de son âge. Fort de ce potentiel déjà affirmé, et souhaitant évoluer dans un championnat qui a révélé son idole Roger Milla, véritable dieu vivant du football africain, le petit Sam va effectuer des essais infructueux au Havre et à Cannes.

Mais là où beaucoup de jeunes auraient plongé dans le doute, et le découragement, Fils va retourner au pays et poursuivre sa progression au sein de la Kadji Sports Academy, qui est une véritable mine à talents. M’bami, Mbia, Olembé, Song, Djemba etc. C’est dans cette structure aux allants de centre de formation, que toutes les qualités qu’on lui reconnaît aujourd’hui vont se révéler au grand jour. Vitesse, dribble, puissance, technique, jeu sans ballon, adresse, sont autant d’atouts qui vont conduire le jeune footballeur, jusqu’à toutes les portes des sélections camerounaises de jeunes, et surtout faire basculer son destin, à 14 ans, grâce à un concours de circonstances, digne des plus beaux contes.

L’aventure du Real de Madrid

« J’ai été approché par les dirigeants du Réal à Abidjan après un match entre la sélection nationale junior du Cameroun dans laquelle j’évoluais et celle de la Côte d’Ivoire au sein de laquelle jouait Bonaventure Kalou. C’est lui que les responsables madrilènes étaient venus superviser. Il avait d’ailleurs été très bon lors de ce match durant lequel il avait inscrit deux buts. Mais moi aussi j’avais été brillant, car j’avais marqué à deux reprises malgré notre défaite (5-3). À la fin de la rencontre, les émissaires du Real de Madrid ont pris contact avec les dirigeants de mon club. C’est ainsi que quelques jours plus tard je me retrouvais dans les rangs de la formation la plus titrée du monde ».
Et c’est là que commence l’histoire séditieuse d’Eto’o avec la maison blanche. Les médias du monde entier ont eu connaissance de cette relation tumultueuse lors des célébrations du 17e titre de champion d’Espagne du Barça en 2005. L’attaquant camerounais avait déclaré à six reprises, micro en main : "Madrid, salaud, salue le champion !" (Madrid cabron, salud al campeon !).

Saisissant une perche qui leur avait été tendue, les médias ont fait l’écho de cet incident à toutes les sauces, se transformant en moralistes désinhibant, mais sans toutefois s’interroger sur les raisons qui avaient poussé Eto’o à cette incartade. Mais pour avoir l’explication de cet évènement, il faut juste remonter en 1997. Eto’o a 15 ans et débarque à Madrid où il vient s’engager avec le Real, malheureusement les dirigeants du club oublient de venir le chercher à l’aéroport. Par la suite, il signera néanmoins son contrat de stagiaire, mais n’aura jamais sa chance chez les Merengue. En 1997, il est prêté à Leganes (D2 espagnole). La saison suivante, il part pour l’Espanyol de Barcelone, où quand l’entraîneur Argentin Brindisi l’utilise, c’est au poste d’arrière droit. Mais son destin va de nouveau basculer en janvier 2000, lorsqu’il est prêté à Majorque.

Le bonheur à Majorque avec Aragones

Si Samuel devait retenir un seul évènement de ses années passées en Espagne, c’est sa rencontre avec Luis Aragonés, alors entraîneur de Majorque à qui il voue une reconnaissance sans bornes, le baptisant même “Abuelo” (le grand père). Il passe 4 saisons extraordinaires à Majorque (2000-2004). Lors de la saison 2003/2004, il atteint avec Majorque, le 4e tour de la Coupe de l’UEFA. Là, le jeune footballeur devenu titulaire va progresser rapidement, et ne ratera pas l’occasion de le montrer au monde entier. Leader de l’équipe du Cameroun qui remporte les Jeux Olympiques en 2000. Mais de retour au Real Madrid, il ne joue toujours pas et retourne donc à Majorque. Il gardera un profond ressentiment envers Madrid. Suivent quatre saisons pleines sous le maillot rouge où il marque de plus en plus de buts. Il joue même un très mauvais tour au Real, l’année de son centenaire, en remportant contre toute attente la Copa del Rey avec Majorque.

Le sommet avec le Barça

Ses exploits sur le terrain sont tels qu’il est transféré en 2004 pour 24 millions d’euros au FC Barcelone, l’ennemi du Real Madrid où malgré la richesse de l’effectif il est devenu un joueur de référence. Là, il éclate au plus haut niveau : 24 buts en Liga, 4 en Ligue des Champions, un titre de champion, le triomphe est total. Et quand on lui demande d’où lui vient ce sens unique pour le but, il répond « Le sens du but, c’est un don. Mais le timing, ça se travaille. Dans la rue quand j’étais môme, je ne jouais pas 9. J’étais souvent 6 ou 10, mais j’ai toujours marqué beaucoup de buts et là, je dirais que c’est l’instinct qui parle ».

Grâce à cet instinct, le Camerounais tutoie les sommets et empile les buts :"pitchitchi" de la Liga en 2006 avec 26 buts, 6 en Ligue des Champions dont un en finale qui donne le trophée à son club. Ce soir là, Eto’o avait pour adversaire un de ses meilleurs amis, qui n’est nul autre que Thierry Henry. Lorsque les rumeurs de transfert ont annoncé l’arrivée de l’ancien Gunner au Barça en 2006, Eto’o déclarait à “L’Equipe” à l’époque « Le Barça est l’un des plus grands clubs au monde et Thierry Henry, est l’un des plus grands attaquants au monde : sa place est au Barça. »
Depuis l’arrivée, de l’international français, les médias essaient de les opposer en prétextant que le Barcelone ne pourrait pas évoluer avec deux pointes. Bien que sollicité par le Milan AC à l’intersaison, Eto’o a décidé, surprenant tout le monde de rester ne fuyant pas la concurrence d’Henry.

Mais quand on connaît “Western Union”, comme on le surnomme affectueusement au Cameroun, pour sa propension à aider les autres, avec la même détermination que lorsqu’il inscrit un but au Real de Madrid, on peut penser que c’est un risque mesuré, dans la mesure où il n’a peur de rien et surtout de personne, estimant que la réussite est une conséquence du travail « je ne laisse rien au hasard. L’expérience m’a montré que le travail payait toujours. Je le tiens de Luis Aragones, mon ancien entraîneur que j‘ai eu le bonheur de rencontrer ».